Le patrimoine industriel est issu de la forte industrialisation qu’a connu l’Europe à partir du XIXe siècle et de sa forte désindustrialisation du XXe siècle. Nous avons aujourd’hui des traces de ce passé industriel. Les Britanniques, qui ont connu une désindustrialisation précoce en comparaison des autres pays européens, se sont posés rapidement les questions de sauvegarde et de réhabilitation.
En France, ce n’est que depuis une trentaine d’années que la préservation et la mise en valeur de ce patrimoine se sont imposées.
En 1978 paraît le premier ouvrage « Banquiers, négociants et manufacturiers parisiens » de Louis Bergeron, Directeur d’études émérite à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Il y démontrait que Paris fut l’un des foyers de la révolution industrielle, et pas uniquement le creuset de monuments prestigieux. Louis Bergeron va, dès lors, jouer un rôle de tout premier plan dans la création, en 1979, du Comité d’Information et de Liaison pour l’Archéologie, l’Etude et la Mise en valeur du Patrimoine industriel (CILAC). Il prendra part également à la définition des grandes lignes d’une politique du patrimoine industriel en France. Au début des années 80, il va participer à la création d’une mission d’étude sur le patrimoine industriel auprès de l’Inventaire Général. Il en résultera en 1983, la mise en place d’une cellule d’étude et en 1985 d’une section spécialisée dans le patrimoine industriel au sein de la Commission supérieure des Monuments historiques. La France se dote d’outils qui manquaient cruellement à l’étude de son patrimoine industriel.
Mais ce n’est réellement que depuis une vingtaine d’années que l’opinion publique éprouve le besoin de garder certains vestiges de ce passé.
Le patrimoine industriel est une démarche pluridisciplinaire. Il associe la connaissance historique, prend en compte le bâti, le milieu géographique, les savoir-faire et les rapports sociaux mais aussi les process… Tout cela conduit à une perception globale d’une réalité à un moment donné, dans un espace défini et dans un certain contexte.
La Fabrique Gaupillat, qui se trouve au 43 route de Vaugirard 92190 MEUDON, est la dernière usine du Val de Seine. La destruction de l’ensemble Renault sur l’Ile Seguin, dans les années 1990, lui a legué ce lourd héritage. Cependant, comme toutes friches industrielles, on se pose la question de son utilité et de sa reconversion. Mais on ne se pose jamais la question de son histoire et de son impact durant son activité.
Elle a été en activité pendant plus de 160 ans, a accueilli des milliers d’employés et a fourni ses produits dans le monde entier. Pourtant, avec sa fermeture, il semble que tout ceci n’est plus grand intérêt. L’étude de la Fabrique Gaupillat permettrait de comprendre les relations qui existent entre l’espace bâti, les logiques techniques et sociales. Le principe est de confronter ce bâti avec des documents d’archives (écrits ou iconographiques) mais aussi avec la mémoire orale.
Le pari est de rendre visible une histoire que la grande majorité ne connait pas. Le pari est de restituer à ceux qui ont cru que rien ne resterait de leur passé, la preuve de leur existence et de leur impact dans le quartier du Bas-Meudon et le Val de Seine.