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Les cheminées, totems de la culture ouvrière

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Basée à Roubaix, l’association Le Non-Lieu a rebaptisé en 2007 les cheminées d’usine nordistes « beffrois du travail ». Pour le 1er-Mai, elle souhaite rendre ce patrimoine vivant.

phpthumb_generated_thumbnailjpgUne étrange déforestation frappe le Nord - Pas-de-Calais… Année après année, les troncs abattus ne sont pas de bois mais de briques, celles des cheminées d’usines. Fondée en 2002, l’association Le Non-Lieu défend ce qu’elle considère comme un élément essentiel du patrimoine régional. « S’il faut garder un truc, c’est la cheminée : toute notre histoire est là-dedans » estime Franck Larère, permanent de l’association.
En 2004, Le Non-Lieu a rendu hommage aux « cheminées totems » de Roubaix, la « ville aux mille cheminées ». Puis en 2007, elle lance les « Beffrois du travail », ensemble de manifestations organisées autour du 1er-Mai.
Menacées, les cheminées ? Olivier Muzellec, président du Non-Lieu, cite les chiffres d’une autre association, Proscitec, qui les recense dans la région.
« Il y avait 330 cheminées en 2007 et, aujourd’hui, on estime que 15 % d’entre elles ont disparu », déplore-t-il, appelant à une prise de conscience. « Les premières années des “Beffrois du travail”, on a oeuvré beaucoup à la réappropriation d’un patrimoine souvent douloureux ou tombé dans l’oubli », explique-t-il.

Textile, métallurgie, brasserie, briqueterie… Le passé industriel de la région est indéniable, mais est-il suffisamment mis en valeur ? « Le conseil général nous soutient, à notre petite échelle, mais ça ne suffit pas » estime Olivier Muzellec. Ce qu’il aimerait, ce serait une mise en valeur globale du patrimoine industriel comme cela se fait en Allemagne, par exemple. « Pour voir ce que l’on pourrait faire, il suffit d’aller dans la Ruhr », souligne-t-il. Une région, outre-Rhin, qui a su transformer de grands sites industriels, tels des mines de charbon, en sites d’histoire et de tourisme.

Faire revivre les sites

« Ici, on a du mal à faire changer les politiques de conservation du patrimoine industriel », estime Franck Larère. Un exemple : la cheminée de la filature Breuvart, à Armentières. Elle a été célébrée en 2009 dans le cadre des « Beffrois du travail »… et détruite récemment. Les municipalités manquent-elles de moyens pour protéger les cheminées ? « On a de l’argent pour ce qu’on veut, rétorque Franck Larère. Pour le Grand Stade, il y en a eu… » Afin de montrer que les cheminées ne sont pas de simple tas de briques, mais bien des balises d’une histoire commune, le Non-Lieu s’est associé à un vidéaste, Jean-Louis Accettone, pour recueillir des témoignages d’ouvriers (lire l’entrevue ci-contre). Et parce que le Non-Lieu est aussi un projet artistique, la création contemporaine est partie prenante dans l’événement. Pour évoquer les estaminets du quartier de Berkem, à La Madeleine, l’association a par exemple mobilisé une vingtaine de personnes pour broder des sous-bocks à bière, sous la direction du plasticien Andy Kraft.

Ce soir, une parade musicale reliera les anciens cafés du quartier, près de l’ancienne chaufferie Huet. Animée par des membres de la compagnie du Tire-Laine, elle sera ponctuée par des chansons écrites par l’écrivain Daniel Lemahieu, en hommage aux ouvriers.
Un petit refrain : « Berkem, je t’aime ! Je t’aime même quand j’ai de la peine… Berkem, je t’aime ! Le patron n’augmente pas ma quinzaine… »

Publié le lundi 30 avril 2012 à 06h00 - CHARLES MONTMASSON > region@nordeclair.fr

http://www.nordeclair.fr/Actualite/2012/04/30/les-cheminees-totems-de-la-culture-ouvri.shtml

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